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12.02.2008
Aragon, le "Paysan de Paris"
"Le Paysan de Paris" (1924) se divise en deux parties bien distinctes, "Le passage de l'Opéra" et "Le sentiment de la nature aux buttes-Chaumont".
"Le passage de l'Opéra" , c'est le "double tunnel" qui s'ouvre d'un côté rue Chauchat et de l'autre sur le boulevard du même nom, alors menacé par des travaux et disparu depuis. C'est l'occasion pour Aragon de nous dévoiler sa vision de la maison de passe du passage et de ses locataires du deuxième, ses amis Marcel Noll et Charles Baron, de nous mener à la rencontre des deux maquerelles qui tiennent l'endroit, "l'une, vieille et désagréable, [...] l'autre brune sans doute par habitude". La librairie, et ses jeunes gens qui lisent, "parfois pour se donner une contenance tandis qu'ils surveillent les allées et venues du passage pour des raisons diverses", dont certaines vont droit au coeur d'Aragon. Le couple de concierges, qui depuis des années "se tient dans cette taupinière à voir passer des bas de robes et des pantalons grimpant à l'échelle des rendez-vous." L'agence qui permet de "faire parvenir à toute adresse des lettres venues de n'importe quel point du globe, ce qui permettait de feindre un voyage en Extrême-Orient, par exemple, sans quitter d'une semelle l'extrême-occident d'une aventure secrète."
C'est en sortant du Café Louis XVI après avoir attendu trop longtemps une personne "qui n'a pas jugé bon de le rejoindre", après avoir trop bu aussi sans doute, qu'Aragon a la vision fantasmagorique d'une sirène dans la devanture du marchand de cannes: "Toute la mer dans le passage de l'Opéra. Les cannes se balançaient doucement comme des varechs."
Puis vient l'évocation du café "Le Petit Grillon", et surgit un thème récurrent chez Aragon, l'amertume causée par les amitiés perdues: "A la lueur des événements quotidiens, au phare tournant des gains et des pertes, c'est là que je commençai à sentir un peu mieux la grandeur d'un très petit nombre de ces compagnons d'habitude, et la mesquinerie de la plupart." Les putains du passage: "elles varient insensiblement avec le ciel, comme ces marionnettes des baromètres de la Forêt-noire qui mettent une robe mauve les jours de pluie." Les deux coiffeurs, l'un pour dames, l'autre pour messieurs: "les bêtes des forêts vierges, voilà vos clients: elles viennent dans vos fauteuils se préparer au plaisir et à la propagation de l'éspèce." Les clients du tailleur, Aragon les voit défiler comme si il était "un appareil de prises de vues au ralenti".
Suit un épisode qui annonce par le procédé utilisé la deuxième partie du "Paysan de Paris": Aragon y évoque un personnage qui n'est autre que le sentiment de l'inutilité, qui joue d'un accordéon sur lequel on peut lire une fois celui-ci déplié: PESSIMISME. Cette promenade surréaliste dans un lieu disparu de Paris se poursuit dans les Bains publics: il faudrait citer ce passage en entier, je préfère vous laisser le découvrir ...
19:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Aragon, Surréalisme




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